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LE MAIRE DE GORÉE AGGRAVE SON CAS

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LE MAIRE DE GORÉE AGGRAVE SON CAS

Source : upafrika Edition -- (Hem Netjer) Date : 12-05-2018 23:35:35 -- N°: 263 -- Lu : 255 fois -- envoyer à un ami

Appelé à donner son avis sur la décision d'inaugurer une Place de l'Europe, le maire de Gorée reconnait que la place a été financée par l'Union européenne.

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Il pointe toutefois un doigt accusateur vers les usagers des réseaux sociaux qui parfois, dit-il, débattent de choses non maîtrisées. Selon lui, ces usagers pensent que tout a commencé ce 9 mai alors que l'affaire d'une "Place de l'Europe" à Gorée date de l'époque du maire de Dakar Mamadou Diop. Lui n'a fait qu'inaugurer.

Le maire reprend l'argument de l'ancienneté et de l'omniprésence de l'Europe à Gorée (noms de rue, architecture, mulâtres, etc.). Selon lui, renier cette Place de l'Europe, c'est renier cette présence et le passé de Gorée.

Il ajoute que se battre pour un devoir de mémoire n'a aucune utilité ("amul benn njariñ"). Il faut plutôt promouvoir la paix, le pardon. Le simple nom d'une place ne doit pas générer des querelles. Le nom n'a pas d'importance. Seul ce qui est utile aux habitants de Gorée est important.

Il finit en soutenant que, "parce que notre développement, notre alimentation, notre autoroute à péage, nos voitures, notre habillement, dépendent de l'Europe, il nous faut donc accepter une Place de l'Europe à Gorée".

Sacré Augustin Senghor!

D'abord en mettant la référence sur l'ancienneté de l'affaire, le maire semble se défausser sur ces prédécesseurs et sur les internautes qui auraient dû, laisse-t-il entendre implicitement, protester plus tôt.

Cet argument du maire que reprennent certaines personnes sur les réseaux sociaux n'est pas convaincant et nous dévie du véritable débat. Ceux qui soutiennent un tel argument ne semblent pas connaitre les logiques de l'histoire souterraine. L'ami  Elie Charles Moreau  a d'ailleurs donné une réponse satisfaisante à ce point : "La prédestination de l'Histoire, c'est aussi de NOUS rattraper ! Pour dire simplement que les dates de signature tout autant celle d'apposition de plaque ne pèsent rien, sinon pas grand chose, quand une population dit "Basta" ou" il faut que les cirques prennent fin"".

Pour illustrer cette réponse de Elie Charles Moreau, on peut dire que la statue de Faidherbe à Ndar (Saint-Louis) a été érigée en 1891 mais le flot des protestations durant les 4 dernières années n'a jamais été aussi débordant.

Le regretté historien Joseph Ki-Zerbo, parlant de l'histoire, disait qu'il y a des phases où, parce qu’on n’a pas résolu les contradictions, des ruptures s’imposent : ce sont les phases de la nécessité...Et la nécessité représente les structures sociales, économiques ou culturelles qui, petit à petit, se mettent en place, souvent de manière souterraine, jusqu’à s’imposer en débouchant au grand jour sur autre chose.

L'histoire marche aussi de cette façon.

L'argument de l'omniprésence de l'Europe à Gorée qui donnerait le droit d'avoir une Place de l'Europe, a déjà été déconstruit. L'ancienneté d'une présence et l'excellence d'une relation ne confèrent pas le droit de fouler aux pieds une mémoire. Les États-Unis et le Japon entretiennent d'anciennes relations, jadis heurtées et aujourd'hui excellentes, mais cela ne confère aucunement le droit aux Américains d'ériger une "Place des USA" à Hiroshima ou Nagasaki. La colonisation jadis d'un pays ne confère pas des privilèges spéciaux à un ex-colonisateur.

En soutenant que le simple nom d'une place ne doit pas générer une querelle, le maire montre qu'il ne comprend rien aux enjeux de mémoire. Son attitude plaide d'ailleurs pour une séparation radicale de la question mémorielle de Gorée des autres aspects gérés par le conseil municipal. Cette question mémorielle est trop importante pour être laissée entre les mains d'un maire qui fait preuve d'une désinvolture qui frise l'offense.

Par ailleurs, l'argument qui consiste à dire que parce qu'on s'habille et mange à l'européenne, nous devons accepter une Place de l'Europe, est tout simplement puéril. Donc, parce qu'un Juif israélien conduit une voiture allemande de marque Mercedes-Benz, il doit accepter une "Place de l'Allemagne" à Yad Vashem!?

Bref, après avoir écouté le maire, on se demande s'il est vraiment à sa place à Gorée. On éprouve une sacrée frousse rien qu'en pensant qu'il peut prendre des décisions qui peuvent avoir des conséquences négatives sur l'histoire collective et affecter de millions de personnes à travers le monde.



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