L’imposante reine Ndaté Yalla s’opposa aux Français - Upafrika

L’imposante reine Ndaté Yalla s’opposa aux Français

Résistance africaine

L’imposante reine Ndaté Yalla s’opposa aux Français

Source : upafrika Edition -- (Hem Netjer) Date : 25-05-2018 22:43:23 -- N°: 270 -- Lu : 113 fois -- envoyer à un ami

Conformément à la tradition matriarcale, l’Afrique ancienne place la femme au centre de son système fonctionnement. Il arrive souvent de voir des femmes, élevées au rang de reine afin de diriger tout un État. Respectée par ses homologues masculins, la reine africaine était aussi puissante que téméraire.
Certaines femmes ne manqueront pas à s’illustrer historiquement dans la lutte pour la dignité et pour la souveraineté de leur peuple. Parmi ces héroïnes, nous avons Ndaté Yalla Mbodj (1810-1860), la dernière reine du royaume du Waalo, au Nord-ouest du Sénégal.

Au Waalo la légitimité du pouvoir dépendait de la Linguèr e ( femme, sœur ou mère du roi ) . C’est donc la Linguère qui donnait au roi, dit Brack, la permission d’exécuter le pouvoir.
Liguère de son état, Fatim Mbod j nomma alors son mari Amar Borso Mbodj comme Brack du Waalo. Deux filles étaient nées de leur union : Ndjeumbe u t Mbodj et Ndat é Yalla Mbodj .

En 1820, tandis que le Brack se soigne à l’extérieur , les négriers M au res musulmans de l’ émirat Trarza (en Mauritanie actuelle ) de la rive droite du fleuve Sénégal attaquent le Waalo . La Linguère Fatim Mbodj et son armée composée de femmes se déguisent en hommes, affrontent et repoussent c es envahisseurs esclavagistes.
Issus d’une tradition patriarcale, les Maures auront du mal à digérer leur défaite orchestrée par une armée f é m inine et vont fomente r une deuxième attaque d’envergure afin de pouvoir arriver à défaire ces braves femmes d u Waalo . Comme l a défaite et la mise en esclavage paraissa ie nt inéluctable s lors de la seconde attaque , la Linguère et ses braves combattantes se suicident collectivement par le feu, laissant échapper ses deux filles de 10 et de 12 ans, pour qu’elles continuent la lignée.
Ayant déjà intériorisé le sens de la fierté nationale et du patriotisme à travers leur maman, l es deux femmes prennent les rênes du Waalo. Leur cousin Mambodj Malick, nommé Brack, n’assumant qu’un second rôle. A la mort de Ndjeumbe u t Mbodj en 1846, Ndat é Yalla a 36 ans quand elle assume seule les pleins pouvoirs sur le royaume. E lle utilisa tous les moyens en sa possession pour s’opposer à l’annexion de son territoire par les troupes du général Faidherbe qui voulaient faire du Sénégal un e tête de pont de l’empire colonial français d’Afrique noire.
C e n’est donc pas sans surprise que les Européens découvrent cette grande dame dirige r une immense armée, car en France, la citoyenneté féminine n’ avait pas encore été reconnu e à l’ époque . Elle impressionne par son autorité, au point où les colons la considèrent comme l’un des principaux souverains au Sénégal,

A l’image de sa sœur Nd ieumbeut Mbodj , Nd a t é Yalla hérita également un royaume très convoité, mais aussi jalousé par les territoires environnants . D’un côté, les négriers M au res musulmans de l ’émirat Trarza de la rive droite du fleuve Sénégal razziaient la région pour se fournir en esclaves. De l’autre, les esclavagistes et colonisateurs français installés depuis le 17e siècle dans leurs comptoirs de Saint-Louis, dit Ndar souhaitaient neutraliser toutes les royautés africaines susceptibles de saper leur volonté expansion niste et de trafic .

 

L ocalisé dans le delta du fleuve Sénégal, le Waalo exerçait une activité économique importante sur le fleuve. Il récoltait un impôt sur la traversée grâce à son imposante flottille de pirogues affectée au transport des mar chandises. L es E uropéens contester ont ce privilège au royaume en refusant de s’acquitter de leur impôt s qu’ils commencent à affich er leur intention colonialiste.

 

C’est l’occasion de noter que pendant près de deux siècles les côtes sénégalaises représentaient l’un des enjeux les plus disputés pour le contrôle de la déportation des africains vers les Amériques. Les Français, les Anglais, les Portugais et les Hollandais se sont combattus pour établir leur domination sur ce territoire qu’ils considéraient comme stratégique pour le commerce triangulaire, mais aussi comme porte d’entrée en Afrique de l’Ouest.

L es Maures n’étaient pas pour leur part disposés à céder leur leadership aux Européens qui venaient les concurrencer directement dans le s razzias et pillage s très lucratif s . Chaque année, pendant la saison sèche, ils quittaient la Mauritanie voisine et traversaient le fleuve pour aller razzier des villages sénégalai s dont ils vendaient les captifs comme esclaves dans le Maghreb . Ils ne parviennent cependant pas à s’ impo ser devant la déportation d’esclaves contrôlée par leurs concurrents Européens entre l’Afrique et l’Amérique.

 

En 1847, étant bien consciente des convoitises que suscitait son royaume, la reine Ndaté Yalla écrit au gouverneur colonialiste de Saint Louis « Nous n’avons fait de tort à personne. Ce pays nous appartient et c’est à nous de le diriger. C’est nous qui garantissons le passage des troupeaux dans notre pays. Saint-Louis appartient au gouverneur, le royaume du Cayor appartient au Damel (titre royal) et le Walo appartient au Brack (titre royal). Que chacun de ces chefs gouverne son pays comme bon lui semble ».

image -- L’imposante reine Ndaté Yalla s’opposa aux Français

Illustration authentique de la reine Ndaté Yalla par l'Abbé David Boilat

Quand le missionnaire l’ Abbé David Boilat ( métis franco-sénégalais ) lui rendait visite en septembre 1850, l a reine le reç oit dans sa concession, entourée de ses dames de cour. La reine Ndaté Yalla fut Vêtue d’une robe de couleur vive brodée de fils d’or et portée sur un pagne chamarré. Elle fumait une longue pipe d’honneur . Ses cheveux tressés et ornés de pépites d’or étaient enserrés dans un foulard noué en cône, très haut sur la tête. Sur le buste s’entremêlaient des colliers en or et des amulettes recouvertes de cuir. Elle leva la main en signe de bienvenue, faisant cliqueter les bracelets torsadés assortis à ses boucles d’oreille en or et ses bagues serties d’ambre et d’agate.

Face au x ambitions français es d’annex er l’île de Mboyo, la reine écrit au gouverneur colonial Louis Faidherbe et dit « Le but de cette lettre est de vous faire savoir que l’île de Mboyo m’appartient depuis mon grand-père jusqu’à moi aujourd’hui. Il n’y a personne qui puisse dire que ce pays lui appartient. Il est à moi seule ». Elle refuse aussi le passage sur son territoire aux S oninkés q ui ont tendance à alimenter Saint Louis en bétail.

Pendant près de dix ans, la reine parvi e nt à maintenir son royaume dans une paix illusoire. A force de constater la multipli cation des conflits fonciers entre les autochtones du Waalo et les planteurs étrangers blancs de Saint-Louis, en omettant le refus des commerçants de Saint-Louis à s’acquitter de leur impôt redevable au Waalo pour la traversée du fleuve. Poussée à bout, la reine décide dès lors de s’engage r sur le chemin de la résistance pour reconquérir la souveraineté de son terroir.

Dans une lettre très ferme au gouverneur de Saint-Louis, la reine Nd a t é Yalla exige l’évacuation des parcelles autour de la ville coloniale et relevant de sa souveraineté. Elle interdit en outre tout commerce européen sur les escales de son royaume.

Face à l a révolte de la reine Nd a t é Yalla, le gouverneur de colonie d’ alors, Faidherbe profite pour organiser une offensive de taille contre le Waalo . Par un petit matin de février 1855, il quitt e Saint-Louis, armé de puissantes canonnières et d’une colonne de milliers de soldats, dont un corps de militaires africains (tirailleurs sénégalais) enrôlés pour combattre leurs semblables . Il fomente une attaque féroce contre le Waalo et tenta de s’empare r des royaumes voisins du Baol et du Cayor.

A l’heure de la bataille décisive, l a reine tient son fameux discours : « Aujourd’hui nous sommes envahis par les conquérants. Notre armée est en déroute. Les Ced dos du W a alo, si vaillants guerriers soient-ils, sont presque tous tombés sous les balles de l’ennemi. L’envahisseur est plus fort que nous, je le sais, mais devrions-nous abandonner le Wa a lo aux mains des étrangers ? ».

Ayant déjà expérimenté avec succès la politique de la terre brûlée en Algérie pendant la conquête de l’Algérie de 1842 à 1847, Faidherbe fait usage de la même méthode et dévasta tout sur son passage, malgré la vaillante résistance des Ceddos (guerriers) du Waalo.

Les troupes coloniales françaises incendièrent vingt-cinq villages, pillèrent les récoltes, capturèrent de nombreux troupeaux de moutons, d’ânes et de chevaux. Et emportèrent, selon la comptabilité méthodiquement établie par l’intendance militaire, deux mille bœufs étaient destinés aux Blancs de Saint-Louis qui craignaient de manquer de lait et de beurre. Sentant sa cause perdue, après plusieurs mois de résistance la reine Nd a t é Yalla trouva refuge dans le Cayor, c’est dans cet exil qu’elle mourra en décembre 1856, après vingt-deux ans de règne.

Après l e décès de la reine , Faidherbe emmène son fils Sidya Ndaté Yalla Diop , qui n’a que dix ans à Saint-Louis à l’école des otages pour l’endoctriner et le transformer en laquait colonial . Mais, ce projet va se sold er en échec.

Voilà quelques autres événements qui témoignent que les Européens descendants d’esclavagistes, marchands de la mort et destructeurs culturels, cachent méticuleusement les blasphèmes de leurs aïeux, en faisant croire à qui veut bien l’entendre que leurs ancêtres sont venus en Afrique pour nous aider. Ce qu’ils appellent encore aujourd’hui la mission civilisatrice. Ce rappel historique attire notre attention sur le fait que la colonisation et le massacre des habitants de ce royaume du Sénégal ont eu lieu après la révolution française de 1789 (dont la femme européenne était pourtant épargnée). Ce qui signifie que pendant que les Français criaient liberté, égalité, fraternité et parlaient des « droits des hommes ». Ces même « humanistes » soutenaient le pillage nos terres, le massacre de nos ancêtres, et la destruction de nos cultures. Donc aujourd’hui, lorsqu´on les entend parler de démocratie, de coopération, d´amitié entre les peuples tout en entretenant les pillages, les déstabilisations et les guerres tribales et religieuses en Afrique, force est d’admettre que les leucodermes ne diront jamais la vérité sur leur véritable nature. L´autre remarque importante est la présence des hordes arabes esclavagistes, qui continuent de pratiquer jusqu’à nos jours leur entreprise d’asservissement sur les Noirs en Mauritanie, au Soudan, en Libye, en Arabie Saoudite,... au nom du Coran. Historiquement, ces deux plus grands prédateurs de l’Afrique, tous d’origine eurasiatique, se sont bien illustrés dans l’exportation de la terreur chez les autres, notamment chez les Africains innocents. Il serait peut-être grand temps que l’Africain naïf ou aveugle ouvre ses yeux: ces deux races ne nous ont réservé que destructions, meurtres, pillages et cruautés. Devrions-nous attendre que les descendants des meurtriers de nos ancêtres réfléchissent pour nous ? Le plus affligeant est de savoir que plusieurs années après la fausse indépendance du Sénégal, plusieurs sites et rues portent les noms d’anciens colons français. Le monument et le pont parrainés au négrier colonialiste Louis Léon César Faidherbe qui traînent toujours à Saint Louis en sont des exemples parmi tant d’autres. Toutefois, ça ne dérange apparemment presque personne de voir nos rues et nos sites porter les noms de nos bourreaux qui ont exterminé nos ancêtres et démoli notre culture sans avoir le moindre regret. Nos authentiques héros et héroïnes sont toujours dissimulés à la Jeunesse africaine et remplacés par des traîtres qui ont préféré comploter avec les envahisseurs pour annihiler la libération de l’Afrique et des Africains.

L’heure de l’appropriation culturelle a vraiment sonné. « Quelqu'un qui ignore son histoire est condamné à la revivre » précise un dicton africain. 

 

PS : La société traditionnelle wolof était matriarcale tout au début, à l’image de tout le continent africain. Avec l’islamisation accrue enregistrée à partir du 19 ème siècle liée su r tout aux confrérie s Tidjane et M ourid e , le mode de fonctionnement de cette communauté connaîtra un boulevers ement notoire pour se conformer au patriarcat. Du coup, la femme wolof perd à petit feu le statut exceptionnel qu’elle avait autrefois .
Dans son livre intitulé « Afrique noire pré-coloniale », Cheikh Anta Diop nous dit que la femme africaine avait, historiquement, beaucoup plus de liberté et exerçait un rôle politique central avant l’introduction des conceptions patrilinéaires introduites par l’Islam et la colonisation des européens chrétiens. Au Sénégal, comme dans la plupart des pays d’Afrique sous domination étrangère, les religions d’origine non africaine ont de nos jours une très forte influence sur la vie et sur la psychologie populaires.

 

Hotep !

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Papa Moussa Camara


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