La redoutable classe Ceddo de la Sénégambie - Upafrika

La redoutable classe Ceddo de la Sénégambie

Résistance africaine

La redoutable classe Ceddo de la Sénégambie

Source : Wikipédia -- (Hem Netjer) Date : 15-05-2018 04:25:23 -- N°: 266 -- Lu : 149 fois -- envoyer à un ami

L'Afrique traditionnelle était organisée en différentes catégories socio-professionnelles avec chacune d'elles un rôle bien défini. L'une des classes les plus importantes en Afrique de l'Ouest, principalement dans les anciens royaumes de la Sénégambie fut la classe Ceddo ou Thiéddo. Ce groupe était très réputé pour son attachement à la tradition qu'elle défendait jalousement et sans compromis aucun.

Ceddo est un terme polysémique dans certaines langues africaines. 
Chez les Peuls, le mot Ceddo (ou Sebbé au pluriel) désignait dès le départ l'homme de teint noir parlant une autre langue que le pulaar, principalement le wolof, le sérère, le mandingue, le soninké... 
Ceddo peut signifier également le fort ou le richissime en pulaar.
Au royaume du Cayor, le Ceddo est un soldat proche du pouvoir politique, tandis qu'au Tékrour, Ceddo désigne un Wolof « de race pure », en référence à la noirceur d'ébène de sa peau.

En général, les Ceddos sont caractérisés par un courage inébranlable et une sincérité de marque dans les anciens royaumes de la Sénégambie. En tant que fervents adeptes des croyances traditionnelles africaines, les Ceddos étaient très répugnants à la domination coloniale, mais aussi à l'islamisation et à la christianisation. Leur attachement à la culture africaine était sans commune mesure. Ils étaient connus pour leur estime de soi et de leur intrépidité, ils n'avaient nulle peur de la mort. Belliqueux, ils intervenaient dans la plupart des conflits pour contrer les ennemis.
C'est la raison pour laquelle les Céddos ont été très tôt pris au sérieux et bien remarqués par les principaux propagateurs de l'islam et les conquérants du christianisme en l'Afrique de l'Ouest.
Les Ceddos étaient ainsi terriblement dénigrés, diabolisés et vilipendés par les musulmans et les chrétiens de l'époque.
Par exemple, au temps de la colonisation, dans « Esquisses sénégalaises » (1853) de l'abbé Boilat (métis sénégalais), le Ceddo est décrit par l'Église catholique comme indiscipliné, vénal et alcoolique. De la même manière, certains musulmans, qualifient le Ceddo de mécréant, de païen, d'incroyant qui ne croit ni en Allah, ni en Mahomet.
Les Ceddos seront alors traités de tous les noms d'oiseaux par leurs détracteurs. 
En 1853, l'abbé Boilat décrit le Ceddo comme « un vaurien, un incrédule, un homme sans foi ni loi ». Selon lui, ces miliciens seraient également grands consommateurs d'eau-de-vie et constitueraient « la peste du pays ». Les colons européens portaient une aversion profonde envers les Ceddos du fait que ceux-ci ont été de redoutables pionniers de la lutte contre la colonisation et contre la christianisation.

image -- La redoutable classe Ceddo de la Sénégambie

Planche de propagande appelée « Ceddo », réalisée par l'abbé Boilat et faisant partie d'Esquisses sénégalaises (1853). Le soldat Ceddo y est accompagné d'une bouteille d'alcool et d'un verre à pied afin de le représenter comme un alcoolique.

Longtemps opposés aux tentatives d'islamisation, de christianisation et de colonisation, ces cavaliers rebelles constituent une forme d'aristocratie rurale. Ils collectent des impôts en temps de paix.
Au 19 éme siècle, alors qu'on assiste à l'intensification des razzias négrières, ainsi que l'avancée du colonisateur, les Ceddos se soulèvent et mettent sur pied une défense militaire farouche pour contraindre les colons. Ils combattaient et traquaient de tout bord les Européens. 
La mort ne peut nullement dissuader un guerrier Ceddo. Pour ce dernier, l'honneur est la plus précieuse des valeurs et qu'il faut la préserver quoi qu'il en soit. Le fait de retourner de la guerre sans son frère de combat était impensable aux yeux d'un Ceddo. Celui-ci préférait se laisser tuer ou se suicider sur place que plutot d’être taxé de traître ou de déserteur. 
Le Ceddo était très accro à la spiritualité traditionnelle. Même la tradition d'origine wolof peut être appelée Ceddo.
Ayant percé leurs oreilles pour signifier leur noblesse et leur refus d'intégrer l'islam dans la société wolof, la plupart des Ceddos étaient d'origine wolof. On retrouve également les Ceddos chez les Peuls, Mandingues, Sérères, Maures, Soninkés...
Ils étaient réputés pour leur force et leur cruauté à la guerre, et surtout contre les conquérants musulmans et chrétiens.

Les Ceddos étaient surtout présents dans le Cayor, le Baol, le Waalo, le Fouta-Toro, le Djolof, le Ndiambour, le Sine et le Saloum.
Ils portaient les cheveux tressés, parfois agrémentés d'ornements en or, ou des dreadlocks. Leurs habillements pouvaient laisser apparaître toutes sortes d'amulettes et de bijoux. Parmi les célèbres Ceddos on peut citer Demba War Sall, de son vrai nom Meïssa Tendi Dior, qui était le Farba Kaba, c'est à dire chef des Ceddos, qui s'est finalement dressé contre Lat Dior (roi du Cayor) lorsque celui-ci est devenu musulman.
C'est l'occasion de souligner que c'est grâce à Demba war Sall que Lat Dior a été intronisé à l'age de 17 ans, comme Damel du Cayor.

image -- La redoutable classe Ceddo de la Sénégambie

Soldat Ceddo

Dans son film nommé Ceddo en 1977, le réalisateur grand sénégalais Ousmane Sembène tente de mettre l'accent sur l'histoire héroïque des Ceddos, montrant ainsi la résistance de cette classe guerrière qui fait tout pour garder la tradition et la stabilité sociale face aux violences religieuses et aux razzias négrières ayant marqué la pénétration du christianisme et de l'islam en Afrique de l'Ouest. Tous les moyens étaient bons pour remplir les églises et les moquées.
Pour éviter néanmoins que les croyants musulmans et chrétiens de son pays ne se sentent vexés dans leur foi, ce film fera l'objet de censure au Sénégal entre 1979 et 1984 sous l'injonction du Président Léopold Sédar Sénghor, sous prétexte ridicule qu'il y a une faute d'orthographe du genre: on écrit « Cedo » au lieu de « Ceddo ».

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Papa Moussa Camara


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